La presse et le naufrage du Titanic

 

Cette page se limite à décrire le rôle tenu par la presse et le comportement des journalistes jusqu'à l'arrivée des rescapés du naufrage dans le port de New York ainsi que pendant les audiences de la Commission sénatoriale américaine d'enquête.
Les journalistes, notamment américains, eurent en effet une influence importante dans le cours des événements qui entourèrent le naufrage du
Titanic.

 

 

Ce sont les journaux qui, les premiers, alimentèrent la légende du paquebot insubmersible. En particulier, dès 1911, les magazines britanniques The Shipbuilder et Engineering déclarèrent: "Avec les cloisons transversales et les portes étanches du Titanic, cela rend ce navire pratiquement insubmersible". Toute l'ambiguïté résida dans le terme "pratiquement". Si les dirigeants de la White Star Line n'affirmèrent jamais que leur paquebot était d'une sécurité absolue, en revanche ils ne la démentirent pas et laissèrent se développer les éloges qui, à cet égard, favorisaient l'affluence de la clientèle et, par là même, l'objectif de rentabilité du navire.

Mais c'est après le naufrage que s'affirmèrent quelques caractéristiques du rôle de la presse, notamment américaine. Car, dans la confusion des premières nouvelles, les journaux adoptèrent des attitudes différentes.

Au cours de la nuit du 14 au 15 Avril, le Vice-Président de la White Star Line à New York, Philip Franklin, reçut un coup de téléphone émanant de l'agence Associated Press, l'informant de la collision du Titanic avec un iceberg. Pressé par les journalistes de donner des précisions dont il ne disposait pas, Franklin répondit par des phrases rassurantes, insistant sur l'insubmersibilité du paquebot ce que, avant lui, la compagnie n'avait jamais fait.

 


Philip Franklin (à gauche),
accompagnant Joseph Bruce Ismay

 

Le Lundi 15 Avril, Philip Franklin reçut un message selon lequel le Titanic était en route pour Halifax, remorqué par le Virginian, toutes les personnes embarquées étant saines et sauves. Il en avertit la presse, dont la majorité des représentants répercutèrent la nouvelle.

Toutes ces informations contradictoires, ainsi que, plus tard, le fait que les listes de rescapés étaient incomplètes, alimentèrent les inquiétudes des parents et amis attendant un proche, mais aussi l'opinion publique. L'Evening World parla du brouillard, de la sirène de brume du Titanic et d'un choc épouvantable. Le New York Herald raconta comment le navire fonçant dans la nuit avait été pratiquement coupé en deux et s'était presque retrouvé la quille en l'air sous la violence du choc.

Le Lundi 15 Avril, c'est le New York Times qui, le premier, décida de consacrer sa une au naufrage. bien que les nouvelles étaient incertaines. Son rédacteur en chef, Carr Van Anda, comprit que le Titanic avait certainement coulé puisque l'on n'avait rien reçu après les premiers messages radio. Les premières éditions annoncèrent que le paquebot était en train de s'enfoncer et que les canots de sauvetage étaient à la mer. La dernière édition de la matinée affirma qu'il avait coulé. Le New York Times afficha les nouvelles concernant la catastrophe sur son bulletin de Times Square. Il prit ainsi de court ses concurrents en travaillant dans une extrême urgence; urgence telle que personne au journal ne songea à supprimer, parmi les encarts publicitaires, l'annonce de la traversée de retour du Titanic, dont le départ était prévu le 20 Avril.

 

Carr Van Anda

 

 
La une du New York Times,
le 16 Avril 1912
  Publicité pour le retour du Titanic
parue le 15 Avril 1912

 

Lorsque l'on fut certain que le Carpathia ramènerait les rescapés du naufrage à New York et accosterait au quai n° 54 de la Cunard Line, la police fit tendre des cordes pour dégager des espaces afin que les rescapés puissent partir tranquillement. Des journalistes et de simples curieux se disputèrent pour trouver une place le long des cordes.

En attendant l'arrivée des rescapés, les journaux entretinrent dans le public une vive inquiétude, inventant des faits qu'ils ne connaissent pas pour tenir leur lectorat en haleine. Ils écrivirent notamment que le passager Emilio Portaluppi était resté à cheval sur un morceau de glace pendant 4 heures, que Marie Grice Young avait vu l'iceberg une heure avant la collision, que les matelots Jack Williams et William French avaient assisté à l'exécution de 6 personnes abattues comme des chiens, et que le banquier Robert Williams Daniel faisait office d'opérateur radio sur le Carpathia pendant tout le voyage du retour.

Les informations communiquées par le Carpathia furent, en effet, fragmentaires. Pourquoi ? Parce que Harold Cottam, l'opérateur radio du Carpathia, et Harol Bride, l'opérateur radio adjoint rescapé du Titanic qui lui vint en aide, reçurent très rapidement un message émanant du New York Times: la rédaction du journal leur proposait de leur acheter leurs témoignages en exclusivité.

Carr Van Anda, rédacteur en chef du New York Times, confiera plus tard qu'une somme de 1000 $ avait été donnée aux 2 opérateurs radio pour l'exclusivité de leurs témoignages; à eux de se la partager comme ils l'entendaient. Un journal londonien aurait également remis 250 $ à Bride, et on prétend aussi qu'il aurait reçu 250 $ supplémentaires. Harold Bride aurait donc touché, au total, entre 500 et 1000 $, soit l'équivalent de 1,5 à 3 ans de son salaire. Cottam reconnut pour sa part avoir reçu 1250 $.

 

Harold Bride et Harold Cottam

 

Dans l'attente de l'arrivée du Carpathia, les reporters furent tenus à l'écart en face du quai de débarquement et dans des hôtels des rues adjacentes, où de nombreux journaux firent installer des lignes téléphoniques les reliant directement à leurs bureaux. Le New York Times n'hésita pas à louer un hôtel complet.

Alors que l'idée avait reçu l'approbation du gouvernement américain, la Cunard Line interdit l'embarquement des journalistes et des familles à bord du Carpathia durant son approche de New York. En conséquence, tandis que le Carpathia atteignait la partie la plus proche du port, le soir du 18 Avril, il fut entouré par une flottille de yachts et de petits bateaux. Chacun transportait des journalistes qui criaient à l'aide de mégaphones en tendant de grands panneaux en carton comportant des questions ou des offres de paiement pour des déclarations exclusives. D'autres achetèrent à coups de dollars leur passage à bord du bateau pilote New York. Les explosions fréquentes des torches au magnésium et des flashs à poudre des photographes ajoutèrent à la confusion. Le Carpathia distança bientôt tous ces bateaux, mais alors qu'il ralentissait pour prendre le pilote à bord, plusieurs reporters tentèrent de grimper à l'échelle. Ils furent repoussés énergiquement par Eric Rees, le 3ème Officier du Carpathia, qui dut les maintenir à l'écart du flanc du navire. L'un d'eux, reporter au Globe,  parvint cependant à éviter Rees et fut immédiatement arrêté sur le pont puis conduit auprès du Commandant Rostron qui lui fit promettre de rester sur la passerelle jusqu'à l'accostage. L'homme tint parole et fit, par la suite, le récit de ce que sa position avantageuse lui avait permis de voir. Les éclairs des flashs illuminaient la scène sinistre alors que le navire dépassait rapidement Battery Park, où plus de 10 000 personnes s'étaient rassemblées sous une pluie battante pour observer l'arrivée.

Lorsque les rescapés débarquèrent et apparurent à l'entrée du quai près de laquelle 30 000 personnes s'étaient massées, ils furent accueillis par les hurlements des reporters et par les nombreuses explosions des torches à magnésium des photographes. Désorientés, abasourdis, épuisés, ils furent nombreux à rester totalement étrangers aux questions qu'on leur criait et aux reporters qui les entouraient de tous côtés.

Pendant les travaux de la Commission sénatoriale américaine d'enquête sur le naufrage, qui eut lieu du 19 Avril au 25 Mai 1912, nombre de journaux soutinrent son président, le Sénateur Républicain William Alden Smith.
Un éditorialiste du New York Herald écrivit notamment:
"Ce pays a besoin de savoir pourquoi tant de citoyens américains ont perdu la vie du fait de l'incompétence des marins britanniques, et pourquoi tant de femmes et d'enfants ont été envoyés à la mort alors que tant d'hommes d'équipage ont été sauvés".
Le
New York Evening Mail et le New York Times, titres de la presse populaire du groupe dirigé par le magnat William Randolph Hearst, soutinrent également le Sénateur Smith.

 

William Randolph Hearst

 

Pour illustrer les déclarations de la presse américaine, on trouvera, dans le tableau ci-dessous, des liens permettant d'afficher les unes de différents journaux parus immédiatement après le naufrage.

 

15 Avril 1912 16 Avril 1912
The Boston Daily Globe
The Columbus Evening Dispatch
The Evening Sun
The New York Tribune
The Globe
The Pittsburg Dispatch
The St. Louis Post-Dispatch
The World

 

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