Quelques témoignages

 

Toute leur vie durant, les rescapés du Titanic furent profondément marqués par l'horrible tragédie qu'ils vécurent dans la nuit du 14 au 15 Avril 1912.
Leur entourage s'en trouva, souvent aussi, très affecté.

Voici quelques récits dans lesquels ils relatent le naufrage: ils nous permettent de percevoir l'atmosphère du drame et de comprendre quelles furent ensuite, dans l'âme de ces personnes, les marques laissées par le temps ...

 

Michel NAVRATIL

La famille MINAHAN

Eleanor SHUMAN

Anna Sophia TURJA

Margaret YOUNG
 

L'aide donnée aux rescapés
à bord du Carpathia

 

 

Michel ("Lolo") NAVRATIL: dernier rescapé masculin décédé

Michel Navratil père, né en 1880 à Szered, ville de Hongrie à l'époque mais de Slovaquie aujourd'hui, émigra en France, en 1902. Il s'installa à Nice où il devint tailleur et ouvrit une boutique.

C'est en 1907 qu'il épousa à Londres Marcelle Caretto d'origine italienne mais née à Buenos Aires (ils ne purent se marier à Nice car ils ne possédaient pas de certificats de naissance). Ils eurent 2 enfants: Michel (dit "Lolo") né en 1909 et Edmond (dit "Momon") né en 1910.

En 1912, ses affaires de tailleur ayant périclité et ayant appris que son épouse avait une liaison, Michel Navratil décida de se séparer d'elle. La garde des enfants fut alors confiée à leur mère.

Alors que ses 2 fils étaient avec lui pour le week-end de Pâques 1912, il décida de les soustraire à l'emprise maternelle et de les emmener avec lui en Amérique où, attiré par les perspectives offertes par le Nouveau Monde, il avait l'intention de s'établir.

Après avoir gagné Calais par le train, ils embarquèrent pour Douvres à bord du Fécamp, joignirent Londres par train-express d'où ils prirent le train-paquebot pour Southampton afin d'embarquer sur le Titanic.

Michel Navratil voyageait avec un passeport au nom de Louis Michel Hoffmann, qu'il avait emprunté à l'un de ses employés, premier tailleur.

A bord du Titanic où il occupait une cabine de 2
ème classe, il laissa croire à compagnons de voyage que "Mrs Hoffmann" était décédée et ne laissa que rarement ses garçons hors de vue. Sans le laisser paraître, il était rongé par les remords.

Michel ("Lolo") Navratil raconte le voyage ...

"Un navire magnifique! ... Je me rappelle avoir regardé le long de la coque; le bateau avait l'air splendide. mon frère et moi jouions sur le pont arrière et nous frissonnions rien que de nous trouver là. Un matin, mon père, mon frère et moi mangions des oeufs dans la salle à manger de 2ème classe. La mer était fantastique. J'éprouvais une sensation de bien-être total et absolu".

Il décrit les événements de la nuit du naufrage ...

"Mon père entra dans notre cabine pendant que nous dormions. Il m'habilla très chaudement et me prit dans ses bras. Un homme que je ne connaissais pas fit de même avec mon frère. Quand j'y pense maintenant, je suis très ému. Ils savaient qu'ils allaient mourir".

Les garçons furent montés jusqu'au pont des embarcations où on les plaça dans le radeau D, le dernier canot à être mis à la mer. Michel Jr se souvient que, juste avant qu'on le mette dans le radeau, son père lui donna un dernier message:
"Mon enfant, quand ta mère viendra te chercher, comme elle le fera sûrement, dis lui que je l'ai aimée tendrement et que je l'aime encore. Dis lui que j'espérais qu'elle nous suive, pour que nous vivions heureux tous ensemble dans la paix et la liberté du Nouveau Monde".

"Je ne me souviens pas d'avoir eu peur. Je me rappelle la joie, vraiment, de faire plop! dans le canot de sauvetage. Nous aboutîmes près de la fille d'un banquier américain qui essayait de sauver son chien. Personne ne s'y opposa. Sur le navire, il y avait de grandes différences de ressources entre les gens, et je réalisai plus tard que, si nous n'avions pas été en 2ème classe, nous serions morts. Les gens qui s'en sortaient vivants trichaient souvent ou étaient agressifs, les honnêtes gens n'avaient pas la moindre chance".

"Nous tournions le dos au Titanic. Le matin suivant, je vis le Carpathia à l'horizon. Je fus hissé à bord dans un sac de toile. Je pensais qu'il était extrêmement incorrect de se trouver dans un sac de toile!".

Michel Navratil père avait péri dans le naufrage. Son corps fut retrouvé 5 jours plus tard par le Mackay-Bennett et on découvrit un révolver chargé dans l'une de ses poches.

A bord du Carpathia, les garçons, incapables de parler anglais, furent surnommés "Les Orphelins du Titanic", quand il fut établi qu'ils étaient les seuls enfants à n'avoir pas été réclamés par un adulte. Ils ne connaissaient que leurs prénoms "Lolo" et "Momon" et on crut que "Lolo" était le diminutif de "Louis". "Lolo", qui avait fait preuve d'une conduite courageuse et exemplaire, fut décoré d'une médaille par le Commandant Rostron du Carpathia qui lui dit solennellement
"Lolo, je te décore de la médaille du courage! N'oublie jamais que tu dois en rester digne!".

La survivante de 1
ère Classe, Miss Margaret Hays, qui avait fondé et dirigeait un orphelinat, se proposa de s'occuper d'eux à son domicile de New York jusqu'à ce que des membres de la famille soient contactés, mais elle fit la connaissance, sur le Carpathia, de Mrs Eleanor Widener, elle aussi rescapée de 1ère Classe, qui proposa qu'ils soient recueillis par sa nièce, Mrs Tyler, qui habitait Boston, parlait français et aimait beaucoup la France. Les enfants séjournèrent ainsi 2 ou 3 jours chez Miss Hays et 3 semaines chez Mrs Tyler.

A Nice, Marcelle reconnut ses enfants en lisant un article du Figaro paru le 21 Avril (6 jours après le naufrage) et qui contenait une photographie des enfants (l'article était intitulé "Les Orphelins de l'Abîme"). Elle fut conduite en Amérique par la White Star Line à bord de l'Oceanic et, le 16 Mai, elle retrouva là-bas ses fils. La presse se fit l'écho de ces retrouvailles. Tous trois revinrent en France au retour de l'Oceanic.

 

 

 

Michel ("Lolo") Navratil fit de brillantes études et devint professeur de philosophie. En 1987, il revint pour la première fois aux Etats-Unis depuis 1912 pour marquer le 75ème anniversaire du naufrage. En Août 1996, à 88 ans, il se rendit pour la première fois sur la tombe de son père.

Toute l'existence de Michel ("Lolo") Navratil fut marquée par le drame du Titanic qui lui donna une immense force de vie.

 

Ecoutez son émouvant témoignage ...

 

Edmond ("Momon") Navratil devint décorateur d'intérieur puis architecte et entrepreneur de bâtiment. Prisonnier des Allemands pendant la 2ème Guerre Mondiale, il s'évada mais resta très affecté par cette épreuve.

Michel ("Lolo") Navratil est décédé le 30 Janvier 2001, à l'âge de 92 ans.
Son frère Edmond ("Momon") est décédé le 7 Juillet 1953, à l'âge de 43 ans.

Nota: En tchèque, comme en slovaque, "Navratil" signifie "Ce qui est revenu".

 

 

La Famille MINAHAN

Le Docteur Edward Minahan et son épouse Lilian étaient passagers de 1ère classe à bord du Titanic. Ida "Daisy" Minahan, la jeune soeur de William, les accompagnait pendant leur voyage.

Lilian et William étaient extrêment proches et s'aimaient tendrement. Bien que très aisés, les Minahan n'étaient pas considérés comme appartenant au "gratin de la haute société". En tant que médecin prospère qui exerçait sa profession près de Green Bay, Wisconsin (USA), William était riche, influent et très respecté, mais seulement dans le Wisconsin. Il était obsédé par le désir d'ascension sociale afin d'être accepté dans les cercles aristocratiques et de faire partie de la "haute société". Son épouse Lilian y était opposée et ne voulait pas que William se mêle de "l'Argent de New York". Le besoin d'élévation sociale de William suscita des disputes occasionnelles, mais en fin de compte, William eut toujours le dernier mot. Son désir de devenir riche et connu modifia le cours de leur vie et les entraîna dans le voyage inaugural du RMS Titanic.

Ce récit est basé sur les souvenirs de Lilian des événements réels qui se déroulèrent, autant que des déclarations sous serment de "Daisy" Minahan. Voici leur histoire ...

En Mars 1912, William, Lilian et Daisy Minahan prirent des vacances en Europe. Les Minahan avaient initialement prévu de revenir aux Etats-Unis sur l'Olympic, le sister-ship du Titanic. Mais, lorsque William entendit que
John Jacob Astor et d'autres mondains seraient sur le Titanic, William décida sans hésiter (en sans consulter Lilian) de changer leurs billets de l'Olympic pour le Titanic. Après tout, quel meilleur moyen de monter dans l'échelle sociale que de se mêler à quelques unes des personnes les plus riches du monde. C'était l'occasion de toute une vie, mais malheureusement, ce serait aussi un tragique coup du sort.

Quand Lilian apprit que William avait changé leurs plans de voyage pour de mauvaises raisons, elle fut mécontente mais il était passé beaucoup d'eau sous les ponts. Les Minahan montèrent à bord du Titanic à Southampton le 10 Avril 1912, et s'installèrent dans leur cabine de 1
ère classe. Leur voyage était agréable et absolument sans histoire. William se sentit comme chez lui à jouer des coudes avec les riches de ce monde, mais il voulait désespérément rencontrer John Jacob Astor.

Finalement, le 14 Avril, William eut cette opportunité. Les Astor avaient invité William à les rejoindre à leur table. William revint avec agitation à sa cabine pour faire part de la grande nouvelle à son épouse, mais la réponse de Lilian ne fut pas tout à fait celle qu'il attendait. Une fois encore, ils eurent tous deux une discussion sur "l'Argent de New York" et Lilian finit par aller se coucher de bonne heure.

Lilian dormait paisiblement lorsque le Titanic heurta l'iceberg. Daisy Minahan se souvient, sous serment, qu'elle dormait dans la cabine C78 lorsqu'elle fut réveillée par les cris d'une femme dans la coursive. Elle disait:
"J'ai réveillé mon frère et son épouse, et nous nous sommes mises aussitôt à nous habiller. Personne ne vint nous avertir."

A ce moment, les gens commençaient à grouiller, se demandant ce qu'il se passait. Les Minahan montèrent les escaliers jusqu'au côté bâbord du pont des embarcations et attendirent patiemment. Daisy déclare
"L'affreuse inclinaison du pont vers la proue du navire nous fit penser pour la première fois au danger".

Vers 0 heure 25, le
Capitaine Smith réalisa que le Titanic était perdu et donna l'ordre de commencer à remplir les canots de sauvetage. Daisy se souvient qu'un officier arriva et donna l'ordre à toutes les femmes de le suivre, puis les conduisit au pont des embarcations du côté tribord. Il leur dit qu'il n'y avait pas de danger, mais qu'aller dans un canot de sauvetage n'était qu'une simple précaution. Des officiers hurlaient et juraient pour que les hommes restent en arrière et laissent les femmes aller dans les canots. En allant d'un canot à un autre, ils trébuchaient sur d'énormes tas de pain qui jonchaient le pont.

A environ 0 heure 45, le premier canot (N° 7) fut mis à la mer. Après trois tentatives infructueuses pour monter dans un canot, Lilian et Daisy purent enfin prendre place. D'après son témoignage, Daisy et Lilian se trouvèrent dans le canot N°14. Lilian se souvient qu'elles étaient soit dans le canot N°8, soit dans le N°14, mais d'autres sources sont d'accord avec Daisy pour dire qu'elles quittèrent le Titanic dans le canot N°14. La foule qui surgissait autour des canots devenait indisciplinée. William embrassa Daisy et la mit dans le canot. Puis il tint la main de Lilian, l'embrassa et dit
"Sois courageuse. Quoi qu'il arrive, sois courageuse". Lilian grimpa alors dans le canot. Alors que le canot descendait lentement vers l'eau glacée, elles virent William se pencher sur le bord du Titanic et sourire en leur faisant au revoir de la main. Ce fut la dernière fois que Lilian et Daisy virent William Edward Minahan vivant.

 


Le canot N°14 remorquant le radeau D

 

Daisy relate le reste de l'histoire dans les paragraphes suivants. Quand le canot fut plein, il n'y avait aucun marin pour l'équiper. L'officier en charge du canot N°14 appela des volontaires dans la foule capables de ramer. Six hommes se proposèrent. Au moment où nous descendions nous faisions un angle de 45 degrés et nous nous attendions à être jetées à l'eau. En atteignant le niveau de chaque pont, des hommes sautaient dans le canot jusqu'à ce que l'officier menace de tirer sur le prochain qui sauterait. Nous arrivâmes sur l'eau et allâmes à la rame jusqu'à une distance sûre du navire qui coulait. L'officier nous compta et trouva que nous étions 48. L'officier ordonna à tout le monde de tâter dans le fond du canot pour chercher une lanterne. Nous n'en trouvâmes aucune. Il n'y avait ni pain ni eau dans le canot. L'officier, dont j'appris par la suite qu'il se nommait Lowe, faisait continuellement des remarques telles que "Ce serait bien de chanter 'Throw Out The Life Line' ", et "Je crois que le mieux, pour vous les femmes, est de faire un petit somme".

Le Titanic coula rapidement. Après qu'il eut disparu, les cris furent horribles. Il était 2 heures 20 à la montre d'un homme qui se trouvait près de moi. A ce moment, trois autres canots et le nôtre furent maintenus en étant attachés l'un à l'autre. Les cris continuèrent à venir de l'eau. Quelques femmes implorèrent l'officier Lowe, du N°14, de répartir ses passagers dans trois canots et de revenir continuer le sauvetage. Sa première à ces demandes fut
"Vous devriez être drôlement contentes d'être ici et d'être encore en vie". Il se décida plus tard à faire ce qu'on lui avait demandé. Lorsqu'on me leva vers lui pour être transférée sur l'autre canot, il dit "Saute, bon sang, saute". Je ne montrai aucune hésitation et attendis seulement mon tour. Il avait été si blasphémateur durant les deux heures où nous étions dans son canot que les femmes, de mon côté du canot, pensèrent qu'il était sous l'empire de l'alcool. Puis il prit tous les hommes qui avaient ramé dans le N°14, les rassembla avec ceux des autres canots, et retourna sur la scène du naufrage. On nous laissa avec un steward et un chauffeur pour conduire à la rame le canot qui était plein à craquer. Le steward fit de son mieux, mais le chauffeur refusa d'abord de ramer, puis aida finalement deux femmes qui étaient les seules . Il était juste 4 heures quand nous aperçûmes le Carpathia, et cela faisait trois heures que nous l'attendions. Sur le Carpathia, nous fûmes traitées avec beaucoup de gentillesse et on nous donna tout le confort possible.

Une hôtesse qui avait survécu me raconta qu'après que le Titanic eut quitté Southampton, il y avait plusieurs charpentiers occupés à mettre en état de fonctionnement les portes des compartiments étanches. Ils avaient beaucoup de difficulté à les faire réagir, et l'un d'eux fit remarquer qu'ils seraient de peu d'utilité en cas d'accident, car il fallait trop de temps pour les faire fonctionner.


Le corps de William Minahan fut retrouvé 3 ou 4 jours après le naufrage du Titanic. On ignore si William eut jamais la chance de rencontrer John Jacob Astor.

Lilian est décédée le 25 Février 1998. Elle avait 104 ans. William est enterré à Fond du Lac, Wisconsin. Ida "Daisy" est décédée en 1979 et est enterrée à Chicago, Illinois.

 

 

Eleanor SHUMAN

Cet article de presse parut dans le Chicago Tribune début Mars 1998.
Pour voir sa traduction, cliquez sur l'image ...


 

 

Anna Sophia TURJA

Préambule

Anna Sophia Turja était l'une des 21 enfants nés de deux mères et d'un père à Oulainen, dans le nord de la Finlande.

Sa demi-soeur, Maria, était mariée et vivait à Ashtabula, Ohio. Après une visite en Finlande, elle et son mari, John Lundi, incitèrent Anna à venir en Amérique. John l'invita à venir travailler avec lui dans son magasin d'Ashtabula, et lui acheta un billet de 3
ème classe à 50 dollars pour son passage sur le Titanic.

A bord

Anna avait 18 ans lorsqu'elle embarqua à bord du Titanic à Southampton, en Angleterre. Pour elle, le navire était magnifique, une ville flottante "tout comme une ville, il n'y manquait rien". Il y avait une piscine, salle de concert et bibliothèques. Avec toutes ses boutiques et ses attractions, le pont principal était en effet plus large que la rue principale de la ville où elle habitait.

Les cabines de 3
ème classe étaient superbes, dit-elle. L'atmosphère était tout à fait vivante avec plein de conversations, de chants et d'amitié. On disait que la 3ème classe sur le Titanic était aussi bien que la 1ère classe sur beaucoup d'autres bateaux de l'époque.

Il y avait deux doubles couchettes dans sa cabine, une de chaque côté. Elle avait deux compagnes de chambre qui étaient des femmes finnoises. L'une d'elles avait "pris la jeune Anna Turja sous son aile". Elle voyageait avec son frère. (En 3
ème classe, les cabines des hommes étaient situées dans la partie avant du navire, celle des femmes à l'arrière). L'autre compagne était une mère avec son bébé.

Tard dans la nuit du dimanche, alors qu'elle s'installait pour la nuit, elle sentit un frisson et une secousse. Aussitôt après, le frère de sa compagne de cabine frappa à la porte et leur dit que
"quelque chose n'allait pas", qu'elles devraient mettre des vêtements chauds et porter leurs gilets de sauvetage "ou vous allez vous retrouver au fond de l'océan".

Leur petit groupe s'habilla et monta vers les ponts supérieurs. Là, un membre d'équipage essaya de les retenir, leur ordonnant de retourner, mais elles refusèrent d'obéir, et il cessa de les dissuader. Toutefois, elle se rappelle clairement que les portes furent fermées et les chaînes cadenassées derrière elles pour empêcher d'autres personnes de monter.

Son groupe continua de monter jusqu'au pont supérieur
"où on sera plus en sécurité", dit-il, mais elle trouva qu'il y faisait trop froid, et donc elle redescendit sur le pont des embarcations. Elle était intriguée par l'activité qui régnait et par al musique que jouait l'orchestre (bien qu'elle ne connaissait pas les noms des airs). Elle se souvient que l'orchestre sortit d'une salle où il avait joué et que les portes furent verrouillées après que tout le monde soit sorti.

C'est est sur le pont qu'elle rencontra la famille Panula, aussi de Finlande. Mrs Panula voyageait avec ses cinq enfants pour retrouver Mr Panula qui les attendait en Pennsylvanie. Mrs Panula posa la question
"Devons-nous tous mourir dans l'eau?". Elle avait récemment perdu un enfant adolescent dans une noyade en Finlande.

Elle se rappelle également avoir vu, du pont, les lumières d'un autre bateau. Ce navire ressemblait beaucoup au Californian, qui avait tragiquement coupé sa radio pour la nuit, et ne répondit pas aux difficultés du Titanic.

Ma grand-mère croyait à l'affirmation que le navire était insubmersible, mais elle ne comprenait pas complètement ce qu'il se passait car elle ne connaissait pas la langue. Elle avait vraiment aimé le "concert", c'est comme cela qu'elle ressentait la musique de l'orchestre, comme elle dit
"elle serait allée au fond de l'océan en écoutant cette musique si un marin ne l'avait pas attrapée et mise dans un canot".

Dans le canot de sauvetage

Elle dit que son canot était
"l'avant dernier canot". Il était plein à craquer quand il fut mis à l'eau; ce n'était pas l'un de ceux qui furent pris dans les câbles. Le canot était si plein que lorsqu'elle mit sa main sur le bord, ses "doigts furent mouillés jusqu'aux articulations".

Il se peut que le canot ait eu des flancs en toile, ce qui en aurait fait l'un des quatre radeaux pliables que possédait le Titanic, les radeaux C et D étant les seuls à avoir été mis à l'eau avec succès. Le rapport de la Croix Rouge, cependant, établit que c'était le N°15. (Evidemment, le même rapport dit aussi qu'elle retourna en Finlande, ce qu'elle n'eut jamais l'intention de faire le reste de sa vie). Une autre suggestion est que c'était le N°13. Nous n'en sommes pas exactement certains.

Ils s'éloignèrent aussitôt du navire à la rame, craignant d'être aspirés avec lui quand il coulerait. Les marins étaient très bien entraînés et elle était sûre qu'ils auraient chaviré s'il n'y avait eu la compétence des rameurs. Elle entendit de fortes explosions lorsque les lumières s'éteignirent et que le bateau coula.

Ils étaient dans les canots depuis ce qui lui sembla être huit heures. Bien que la nuit était une
"nuit claire, lumineuse" ils devaient brûler tous les morceaux qu'ils pouvaient trouver (papier, argent, ou toute autre chose qui pourrait créer une flamme éclatante, de sorte que les canots pourraient se voir les uns les autres et rester ensemble.

Son souvenir le plus obsédant était ces hurlements et ces cris de personnes agonisant dans l'eau. Chaque fois qu'elle en vient à cette partie de l'histoire, elle se met à pleurer.
"Ils étaient dans l'eau, et nous ne pouvions pas les aider".

A bord du navire sauveteur, le Carpathia,
"les gens furent formidables. Ils donnèrent leurs couvertures et leur manteaux et tout ce qui pouvait aider". Elle chercha ses compagnes de cabine, mais elle ne revit jamais ni l'une ni l'autre. Toute la famille Patula fut aussi plus tard portée disparue.

New York et après

Les survivants ne durent pas transiter par Ellis Island, comme tous les autres immigrants le firent à cette époque. A la place, ils furent directement conduits à l'Hôpital Saint-Vincent de New York, puis reprirent leur itinéraire. A cause du problème de langue, elle fut littéralement suivie et mise dans un train à destination de Ashtabula, Ohio. (Des années plus tard, mon oncle Butch essaya d'obtenir une "crypto-autorisation" de sécurité dans l'armée. Le FBI dut d'abord rechercher pourquoi ma grand-mère ne figurait pas dans les registres d'immigration du pays. Il obtint finalement son autorisation).

Elle fut accueillie par la foule à Ashtabula, comme si elle était un peu une célébrité de l'époque. Elle rencontra très vite mon grand-père, Emil Lundi, le frère de John. Ils tombèrent amoureux et se marièrent; elle ne travailla jamais pour son beau-frère.

On ignore pourquoi son nom figura sur la liste des "passagers disparus". Sa famille de Finlande ignora qu'elle était vivante jusqu'à ce qu'elle reçoive une lettre d'elle 5 ou 6 semaines plus tard.

En Mai 1953, elle fut une invitée spéciale lors de la sortie du film "Titanic" avec Barbara Stanwyck et Clifton Webb dans la nouvelle salle d' Ashtabula. C'était le premier film qu'elle voyait de sa vie. Lorsque des journalistes lui demandèrent ensuite (sous la traduction de mon oncle) si elle pensait que le film était réaliste, tout ce qu'elle put dire fut
"S'ils étaient tout près pour le filmer, pourquoi personne ne nous a aidés?" Les membres de la famille essayèrent de lui expliquer que c'était une recréation d'Hollywood. Elle répondit juste "Non, non".

(Des années plus tard, le 20 Juillet 1969, alors qu'ils regardaient les premiers pas de l'homme sur la lune, elle ne voulut, et ne voulut jamais, croire que c'était la réalité.
"Non, non. S'ils peuvent recréer le Titanic, ils peuvent recréer çà, aussi").

Pendant des années elle fut régulièrement interrogée par la presse locale au moment de l'anniversaire du naufrage, mais elle déclina sa participation à "J'ai un Secret" et au "Ed Sullivan Show", en partie à cause de son âge, sa condition physique, et le problème de langue. Elle refusa également de participer à tout procès concernant les pertes. Elle et mon grand-père n'éprouvaient pas le besoin de courir après l'argent: Grand-mère avait sa vie et c'était une compensation suffisante.

Chaque année, à l'anniversaire d'Avril, elle faisait asseoir ses sept enfants pour leur raconter à nouveau l'histoire. La phrase par laquelle elle terminait, et qu'elle répétait tout le temps, était
"Je ne comprendrai jamais pourquoi Dieu aurait voulu épargner une pauvre finnoise alors que toutes ces riches personnes se noyaient".


Anna Sophia Turja Lundi mourut à Long Beach, Californie, en 1982 à l'âge de 89 ans.

 

 

Margaret YOUNG

Ma grand-mère, Margaret Young, venait d'Irlande et se rendait au Canada, à la recherche d'un avenir meilleur. En 1912, elle retourna en Irlande afin de rendre visite à des parents. Margaret avait prévu de rester quelques mois en Irlande puis de revenir en bateau à New York. Elle serait ensuite retournée chez elle par le train à Ontario, Canada.

Quand elle entendit parler pour la première fois du Titanic, elle fut ravie. Margaret envoyait souvent des messages chez elle, à son mari James Brown, pour lui raconter quels moments merveilleux elle passait en Irlande et qu'elle allait naviguer en première classe sur le plus grand et le plus luxueux bateau de tous les temps. Margaret paya son billet exactement 4050 dollars, ce qui était beaucoup à cette époque. La dernière lettre qu'elle écrivit à James avant de monter sur le Titanic disait:


"Cher James,

Rentrant à bord du Titanic dans trois jours, j'espère vous voir bientôt après l'arrivée à New York. Je prendrai le train pour le Canada. J'espère que vous serez à la gare pour m'attendre.

Margaret."


Margaret passa la plupart de son temps sur le Titanic à se mêler à tous les riches passagers de première classe. Elle prit aussi plaisir à regarder le soleil couchant sur le pont des embarcations et à évoquer ses souvenirs.

La nuit de la catastrophe, Margaret s'était déjà retirée dans sa chambre et s'apprêtait à s'endormir lorsqu'elle ressentit un léger frisson. Quand elle se renseigna, personne de l'équipage ne voulut lui dire ce qui se passait. Elle était paniquée à mort. Elle savait que le Titanic n'était pas vraiment insubmersible et craignait que le navire ait pu heurter quelque chose. Eh bien, comme tout le monde le sait, elle avait terriblement raison! Elle se rendit sur le pont des embarcations et monta directement dans un canot de sauvetage puis aida d'autres femmes à monter. Elle ne se souvenait pas exactement sur quel canot elle se trouvait, mais elle pense que c'était le N°7. Margaret savait qu'il y avait des ennuis, mais elle ne pensait vraiment pas que beaucoup de gens mourraient. Si elle avait réalisé l'importance du danger, elle aurait donné sa place sur le canot à quelqu'un d'autre. Margaret passa les quelques heures suivantes à chanter dans sa tête pour essayer d'éviter de s'engourdir. Les minutes passaient comme des jours et les heures comme des semaines. Elle pouvait entendre des sifflets, des cris d'agonie et des appels à l'aide au lointain.

Lorsque le Carpathia arriva enfin pour récupérer le survivants du Titanic, Margaret et les autres passagers reçurent des couvertures et des vêtements secs de quelques passagers du Carpathia. Elle prit ensuite un petit repas bien qu'elle n'avait pas très faim. Margaret fut très bouleversée par la catastrophe, mais fut très reconnaissante de faire partie des survivants.

Quand Margaret arriva finalement à New York, elle poursuivit ses plans et retourna au Canada. Elle mit au monde un enfant l'année suivante. Margaret était heureuse de parler de son expérience sur le Titanic à quiconque souhaitait l'entendre. Elle décéda à l'âge de 61 ans.

Ma grand-mère fit un jour un projet scolaire sur le Titanic et écrivit tout ce que sa mère avait à dire sur ce qui était arrivé. Elle conserva ces documents et ils existent encore aujourd'hui ... c'est pourquoi j'en ai tiré beaucoup de renseignements. Le projet reçut la note "A -"; je suis heureux de le dire.

Jason Underhill


Margaret était née le 30 Janvier 1890 et mourut le 10 Juillet 1951.

 

Le R.M.S. Titanic

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