L'Expédition "Titanic 2000"

   

"Expédition 2000"
La plus ambitieuse mission d'exploration et de récupération
en haute mer jamais entreprise.  

Le 29 Juin 2000, la société RMS Titanic Inc., "sauveteur en possession" et propriétaire des droits sur l'épave du Titanic, avait annoncé une nouvelle et audacieuse expédition de récupération d'objets, effectuant ainsi un voyage de retour historique sur l'épave du navire naufragé le plus connu au monde.

 

 


 


La mission ...
 

Les objectifs

Les hommes

Les moyens

Les résultats

La polémique

Le submersible Mir 1 en plongée
pendant la préparation du film de James Cameron


 

Les objectifs

Cette nouvelle expédition, qui a lieu pendant l'été 2000, s'est concentrée sur la récupération de cibles particulières, inestimables et remarquables ainsi que sur celle d'autres objets de valeur.
Elle présente indéniablement un important aspect commercial.

 

Pour la première fois, une expédition a pénétré par la cale cargo du paquebot, dans le but précis de retrouver des objets de valeur et des éléments historiques.

Les précédentes expéditions sur le Titanic avaient seulement permis de filmer l'intérieur du navire et de récupérer des objets à valeur historique, à l'extérieur, dans le champ des débris long de 700 mètres.
Elles avaient aussi établi que l'épave se détériore rapidement sous l'effet des micro-organismes vivant dans les profondeurs de l'océan.

Arnie Geller, Président RMS Titanic Inc. depuis Novembre 1999, avait annoncé:
"Le temps passe et si nous ne pénétrons pas maintenant à l'intérieur du navire avec des objectifs de récupération, les microbes de l'océan auront dévoré l'acier du bateau pour toute l'éternité."
Et il ajoûtait:
"Il existe au fond une valeur inestimable et nous sommes déterminés à en récupérer le plus possible."

Une telle expédition était donc, entre autres, motivée par l'urgence.

 

La majorité des "trésors" recherchés par RMS Titanic Inc. se trouvaient concentrés dans la partie avant de la coque ( la proue étant la partie de l'épave la mieux conservée ).

L'un des objectifs prioritaires était la récupération de diamants d'une valeur de 300 millions de dollars.
L'origine de ces diamants est assez imprécise car cette "marchandise" ne semble pas avoir été accompagnée par quelque passager pendant la traversée et n'a pas fait l'objet d'une déclaration aux compagnies d'assurances.
Il pourrait s'agir des diamants contenus dans une sacoche ou dans une caisse, elle-même enfermée dans un coffre-fort situé dans la cale à marchandises, que la compagnie minière De Beers d'Afrique du Sud, confiante dans la sécurité du Titanic, aurait fait transporter aux Etats-Unis.

Les opérations de plongée avaient également pour ambition d'inspecter le local radio situé sur le pont supérieur et qui enferme les 2 premiers appareils de radio Marconi jamais construits et qui ont servi à envoyer l'un des premiers SOS de l'histoire.

Nota: Cette cale à marchandises renfermerait également une collection de statuettes en bronze, de nombreux objets d'art très précieux, des bouteilles d'excellents vins français destinés à un grand hôtel de New York, et 2 automobiles dont une Renault flambant neuve en 1912 ( le modèle qui accueillit le rendez-vous amoureux des 2 héros du film de James Cameron ).
Comme dans le cas des diamants, de très nombreux autres objets de valeur ou marchandises n'avaient pas été déclarés aux compagnies d'assurances. La cargaison du Titanic était assurée pour seulement 420 000 dollars.

La mission devait aussi rechercher et remonter quelques uns des 200 sacs postaux qui se trouvaient dans la cale, et étudier la possibilité de récupérer l'ancre centrale "géante" de 15,5 tonnes encore attachée au navire.

 

Les objets cibles à récupérer peuvent être caractérisés de 2 manières:

RMS Titanic Inc. avait annoncé à ses actionnaires qu'elle était prête à vendre "tous les objets n'ayant pas d'intérêt historique ou archéologique". La notion d'intérêt historique n'avait cependant pas été précisée par l'entreprise et tout laisse à penser que cette campagne avait un objectif essentiellement commercial destiné à récupérer et vendre quelques unes des richesses encore enfermées dans l'épave.

Cette attitude, qui tranche avec les pratiques passées de la compagnie lorsqu'elle était dirigée par son fondateur George Tulloch, a soulevé l'indignation des derniers survivants, des familles des victimes et de la Titanic Historical Society ( association perpétuant la mémoire des victimes ).

En réponse, Arnie Geller avait confirmé que les cabines ne seraient pas visitées et que seules les parties communes seraient explorées, sans qu'il soit effectué de démembrement, de coupe ou de perçage de la coque.

Cependant, RMS Titanic Inc., dont les obligations légales sont, en particulier, de ne pas commercialiser les objets retrouvés, envisage une négociation avec la justice américaine afin de pouvoir céder ceux à valeur "non historique ni archéologique" pour en tirer bénéfice.

 

Les hommes

L'Expédition 2000 était composée d'une cinquante de personnes de nationalités diverses. Parmi elles, une douzaine de scientifiques chargés des recherches: historien, archéologue, archiviste, conservateur, etc...

Pour cette mission, RMS Titanic Inc. a fait appel au Professeur Anatoly Sagalevitch et à son équipe russe afin d'effectuer les plongées sur l'épave ( l'Institut français IFREMER n'a donc pas été choisi mais, de toute façon, son sous-marin Nautile était indisponible ).

Voici quelques uns des hommes clés de l'expédition:

 

Le chef de l'expédition était G. Michael Harris, Directeur des Opérations et Vice-Président de RMS Titanic Inc.
C'est lui qui a organisé la plus grande partie de la logistique de cette énorme mission.

 

James J. Sinclair, archéologue marin et conservateur professionnel, était le responsable des fouilles, de la récupération et de la conservation des objets provenant du Titanic.

 

Le travail de récupération sous-marine était dirigé par le pilote de sous-marins Ralph White et l'expert en récupération Graham Jessop, en association avec Oceaneering International Inc. et son ROV Magellan 725, ainsi qu'avec l'Institut P.P. Shirshov de l'Académie Russe des Sciences Océanographiques avec son navire Akademik Mstislav Keldysh et ses sous-marins Mir 1 et Mir 2.

 

Le Professeur Anatoly Sagalevitch, chef du laboratoire pour les submersibles de grands fonds à l'Institut P.P. Shirshov, était à la tête de la délégation russe.
Il est le principal concepteur des submersibles Mir qu'il a pilotés lors de nombreuses plongées, notammant au cours de précédentes expéditions sur l'épave du Titanic. Depuis 1990, il est le responsable des expéditions de l'Akademik Mstislav Keldysh.

Nota: Le Professeur Anatoly Sagalevitch ainsi que l'Akademik Mstislav Keldysh et les sous-marins Mir 1 et Mir 2 ont participé aux plongées sous-marines effectuées sur l'épave par James Cameron lors de la préparation de son film. C'est ce navire et ces sous-marins que l'on peut voir dans les premières séquences du film.

 

Les moyens

L'Expédition Titanic 2000 a bénéficié d'importants moyens financiers et matériels parmi lesquels plusieurs navires, sous-marins et robots.

 

Pour cette expédition, RMS Titanic Inc. avait annoncé l'énorme budget de 5 millions de dollars ( 5,6 millions d'euros ).

 

 

1. Le navire de recherche océanographique Akademik Mstislav Keldysh qui appartient à l'Institut P.P. Shirshov de l'Académie Russe des Sciences Océanographiques.
Long de 122 mètres et large de 18 mètres, ce bateau construit en Finlande en 1981 est équipé de 17 laboratoires et est le seul au monde à pouvoir héberger 2 sous-marins: les submersibles Mir 1 et Mir 2. Il les transporte sur le site de l'exploration à la vitesse maximum de 12,5 noeuds et effectue leur mise à la mer puis leur récupération.  

 


Le navire océanographique Akademik Mstislav Keldysh

 

2. Le petit navire russe Koresh qui est utilisé en support de l'Akademik Mstislav Keldysh.
Après la mise à la mer des sous-marins Mir par le Keldysh, au moyen d'une puissante grue hydraulique, le Koresh est chargé de les remorquer jusqu'à la verticale de l'épave.

3. Le navire de transport britannique S/V Explorer chargé d'effectuer les rotations jusqu'à St Jean de Terre-Neuve pour le transport des équipages, des médias et des vivres.

4. Le navire laboratoire américain MVA Ocean Intervention.
Long de 76 mètres, il est utilisé pour le stockage, la préparation et la conservation des objets remontés par les sous-marins Mir.
Une fois à bord, les objets sont numérotés, répertoriés, photographiés en l'état, pesés, mesurés, emballés et stockés dans des containers humides.
Le navire est équipé d'une énorme grue d'une capacité de 100 000 tonnes afin de remonter sans difficulté des éléments très lourds ( ancre, morceau de coque, etc ... ), en évitant ainsi de recourir au système de ballons remplis de gazole utilisé lors de l'expédition de 1998.

 


Le navire laboratoire MVA Ocean Intervention

 

5. Le ROV ( Remotely Operated Vehicle / Véhicule télécommandé ) Magellan 725 qui appartient à l'opérateur américain Oceaneering International Inc.
Long de 2,40 mètres et large de 2 mètres pour un poids de 2 tonnes, il est lancé depuis la poupe du MVA Ocean Intervention d'où il est commandé par une équipe de pilotes.
Il est relié au MVA Ocean Intervention par un câble à fibres optiques de 4 km de long et est équipé de caméras à haute résolution et de 2 bras télescopiques manipulateurs de plus de 2 mètres.
Le Magellan a pour mission d'effectuer la reconnaissance vidéo pour permettre le quadrillage et la cartographie du site ainsi que de pénétrer à l'intérieur de l'épave et de l'explorer.
Grâce à ses 2 bras, il peut aussi effectuer des prélèvements d'objets qu'il dispose dans les paniers tapissés de mousse préalablement apportés par les submersibles Mir et qu'il a placés autour de l'épave à des endroits prédéterminés.

 


Le ROV Magellan 725

 

6. Les submersibles habitables Mir, longs de 7,8 mètres, larges de 3,6 mètres pour un poids de 18,6 tonnes, qui sont hébergés par le Keldysh.
Construits en Finlande en 1987, leur côut unitaire est estimé à 20 millions de dollars.
Ils sont conçus pour fonctionner en autonomie complète, sans "cordon ombilical", alimentés par de puissantes batteries.
Ils sont équipés d'une structure en titane, d'un système unique de délestage hydraulique et sont capables de filer 5 noeuds.

Les Mir peuvent descendre jusqu'à une profondeur de 6000 m, avec une marge de sécurité qui leur permet de résister aux pressions régnant à 9000 m ( environ 650 kg/cm2 ).
Ils sont équipés de projecteurs puissants ( 500 kW ) et d'une portée de 50 mètres, d'un dispositif de succion et 2 bras hydrauliques articulés de 2 m de long pour déplacer et collecter objets et échantillons, ainsi que de paniers en maille d'acier destinés à recevoir ces derniers.
Chaque sous-marin dispose d'une sphère habitable de 2,15 m de diamètre, pouvant accueillir 3 personnes ( un pilote, un copilote et un passager expert ). L'air y est recyclé à 99% par un système de respiration en circuit fermé identique à celui utilisé en astronautique.

Une plongée sur le site de l'épave, à 3780 m de fond, a une durée moyenne de 18 heures ( exceptionnellement, le durée peut être allongée à 28 heures ).
La descente au fond se déroule au rythme d'environ 27 m par minute ( 1620 m/h ) et dure environ 2 heures 30 mn. La remontée s'effectue en 3 heures environ.
Pendant la descente, la température de l'habitacle baisse progressivement pour atteindre 1 à 2°C lorsque le submersible est au fond. Par économie d'énergie, il n'existe pas de système de chauffage.

Grâce à leur "bulle" panoramique et à leurs projecteurs, les Mir offrent à leur équipage un large champ de vision facilitant le repérage des cibles et le guidage des robots en transmettant les observations des pilotes par liaison radio aux bâtiments de surface.
Ils sont aussi chargés de remonter à la surface les paniers contenant les objets collectés.


Selon les objectifs de chaque plongée, celle-ci est simple ou double: on utilise l'un des Mir ou les deux.

 

 

La mise à la mer et la récupération de Mir 1 par la grue de l'Akademik Mstislav Keldysh
( Cliquez sur l'une des images pour voir Mir 1 en gros plan )

 

7. Le petit robot dit "Eclaireur", de la taille d'un poing humain qui a été spécialement conçu pour cette expédition.
Aucune donnée technique n'a été communiquée sur ce robot surnommé "Flying eyeball" par l'équipe américaine.
On sait cependant qu'il est, lui aussi, télécommandé par câble à fibres optiques depuis Mir 1et équipé d'une caméra.
Il a pour mission de faire le repérage du trajet que devra effectuer le ROV Magellan et d'éviter à celui-ci de se hasarder dans des coursives encombrées et délabrées, ainsi que de se faufiler dans l'épave pour explorer des endroits difficilement accessibles.  

Le schéma ci-dessous illustre où et comment est prévu le début d'une exploration dans l'épave.

 


Le ROV Magellan pénètre dans la partie avant de l'épave

 

Les résultats

Il est rare qu'une mission d'exploration de grande envergure de déroule sans difficultés.
L'Exploration 2000 a donc dû, elle aussi, faire face à divers obstacles.
Initialement planifiée du 10 Juillet au 30 Août ( cette période bénéficie, en principe, de conditions météorologiques favorables et les courants marins sont faibles ), elle a, en réalité, débuté le 22 Juillet et s'est terminée le 27 Août.
L'expédition a, en particulier, été perturbée par:

 

La dégradation de l'épave, constatée lors des expéditions précédentes, s'est considérablement aggravée. Certaines zones de la partie avant ( pourtant la mieux conservée de l'épave ) sont dans un état proche de la catastrophe. Par exemple, dans la cabine du Commandant Smith où un trou dans la cloison permettait auparavant de voir l'intérieur de la salle de bains, la cloison est désormais effritée sur le pont, excepté sur une petite partie.

L'expédition a découvert un nouveau champ de débris, intact et contenant divers objets.
Ce second champ est situé à environ 700 mètres de la poupe du navire. Il ressemble à une colline d'environ 15 mètres sur 30, vierge et sans aucune trace des submersibles précédents qui ont recherché des objets.
On suppose que cet endroit correspond à l'instant où le navire s'est brisé en deux parties à la surface, et où ce qu'il contenait, dérivant avec le courant, a coulé en demeurant relativement intact.
Alors que de nombreux objets précédemment retrouvés ont été retirés de la vase et du sable du fond de l'océan, cette zone est manifestement différente car simplement recouverte d'objets.

 

Plus de 400 catégories d'objets, soit plus de 800 objets individuels, ont été remontées grâce aux 14 doubles plongées effectuées.
Pour restituer leur aspect initial et déterminer leur origine précise, ils doivent maintenant être soumis à des travaux de recherche ainsi qu'à divers traitements de restauration ( en particulier chimiques ) par la Société américaine Searex Inc. dont l'archéologue James Sinclair est le Vice-Président, ainsi que par l'Eastern Michigan University.
La restauration de certains objets peut demander jusqu'à 3 ans.

Tous les objets récupérés ont été trouvés dans le champ des débris. Parmi eux, citons:

 


Objets ayant appartenu à Marion Meanwell

 

 


Support et éléments
de la roue principale de navigation

 

 


Clé de serrage à 6 pans

 

Nota: Le numéro "401" gravé sur les objets constituant ces 4 dernières découvertes est celui du numéro de chantier du Titanic attribué par les Chantiers Harland & Wolff.
Ces objets sont d'importance capitale car les inscriptions qu'ils portent démontrent que les rumeurs selon lesquelles l'Olympic aurait été substitué au Titanic sont totalement infondées ( "Titanic Conspiracy" ).

 


L'archéologue James Sinclair
et le transmetteur d'ordres

 

"Il est difficile de répondre à cette question car tout dépend de quelle manière on mesure" déclare David G. Concannon, avocat de RMS Titanic Inc. et présent sur le navire de recherches ... 

 

Quelles que soient les véritables motivations de l'expédition et malgré les difficultés rencontrées, si l'on considère les moyens et les technologies mis en oeuvre par grands fonds, il est incontestable que la mission Expédition 2000 présente une avancée technique considérable.
La réussite d'une logistique aussi importante constitue très certainement un facteur de progrès dans la recherche scientifique sous-marine. 

 

La polémique

L'aspect commercial qui est l'un des objectifs, voire l'objectif majeur, de l'Expédition 2000 ( certains pensent qu'il n'ait malheureusement d'autre but que l'enrichissement des dirigeants de RMS Titanic Inc. et la maximalisation des profits recueillis par les différentes expositions ) a soulevé une vive polémique.

Nota: C'est lors d'un "putsch", le 26 Novembre 1999, et en son absence, que George Tulloch, Président de l'époque, a été évincé par Arnie Geller et Michael Harris.
Ils devinrent alors respectivement Président et Vice-Président de RMS Titanic Inc.
Il était reproché à Tulloch, très soucieux de préserver la mémoire des victimes du naufrage et de respecter l'épave, de ne pas aller assez rapidement dans la récupération d'objets et de ne s'intéresser qu'à des "bricoles" ( sic ).
Arnie Geller et Michael Harris s'octroyèrent alors chacun un salaire mensuel de 300 000 dollars, une augmentation annuelle garantie de 5%, une indemnité mensuelle de 1000 dollars pour frais de déplacements ainsi que des stock options évaluées à plus de 1 million de dollars.

 

Plus que jamais, cette expédition amène à poser la question de l'éthique de telles fouilles.
A cet égard, les réactions sont diverses:

 

 

Libre à chacun de se forger sa propre opinion ...

 

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