Les Bains Turcs et la Piscine

 

Une installation exceptionnelle pour son époque se trouvait à bord du Titanic: l'Établissement des Bains Turcs et Électriques.

Dans un luxueux décor respirant l'esprit mystérieux de l'Orient, les passagers avaient la possibilité de se détendre dans un véritable hammam.
Le
Titanic, de même que son jumeau l'Olympic, proposaient ainsi à leurs passagers une particularité divertissante des plus agréables, n'ayant rien à envier aux bains se trouvant à terre.
Ils n'étaient cependant pas les premiers paquebots à être équipés de Bains Turcs: l'
Adriatic, lancé le 20 Septembre 1906, fut le premier navire à en posséder.

Cette extraordinaire installation, dont on ne connaît souvent que le nom, mérite amplement que l'on s'y attarde un peu ...

 

 

Les thèmes

L'emplacement
L'installation
Le décor
Le personnel
Les horaires et le tarif
Le fonctionnement
La Piscine
Un témoignage

 

Représentation en couleurs des Bains Turcs

 

L'emplacement

Les Bains Turcs étaient situés sur le côté tribord avant du pont F, juste en avant de la salle à manger de 3ème Classe, et les Bains Électriques sur le côté bâbord à proximité des Bains Turcs.
Ils se trouvaient aussi au-dessus des salles de chaudières, entre les 2 premières cheminées.

 


Vue en coupe du Titanic
L'emplacement des Bains Turcs est encadré de rouge
(il inclut la piscine que l'on distingue sur la gauche)

 

 

L'installation

L'installation des Bains Turcs et Électriques comprenait plusieurs salles et équipements:

 


Schéma d'implantation de l'Établissement des Bains Turcs et Électriques

 

Le décor

La salle froide était, à tous égards, une des pièces les plus intéressantes et les plus impressionnantes du navire.
Elle était judicieusement décorée dans le style arabe du XVII
ème siècle, riche en couleurs et reproduit avec le plus grand soin.

 


La salle froide des Bains Turcs, photographiée sur l'Olympic

 


Autre photographie des Bains Turcs de l'Olympic

 

Le sol était dallé de carreaux à motifs de couleur bleue et blanche.

Les hublots étaient dissimulés par des moucharabiehs "égyptiens" minutieusement sculptés au travers desquels filtrait la lumière, suggérant ainsi la grandeur des mystères de l'Orient.
De la cimaise jusqu'à la corniche, les murs étaient entièrement revêtus de carreaux de faïence de couleurs bleue et verte, surmontés d'une large bande de carreaux d'un bleu plus foncé et plus intense.
La corniche du plafond et les poutres étaient dorées; les caissons du plafond, rehaussés de rouge mat.
Aux caissons, étaient suspendues des lanternes arabes de bronze doré.

 


Étude extraite d'une plaquette publicitaire de la White Star Line
(on distingue, entre autres, le plafond à caissons et ses lanternes,
les motifs du carrelage et le camouflage des hublots)

 

Du bois de teck au ton chaud avait été choisi pour réaliser la cimaise, les portes ainsi que les lambris, et mettait parfaitement en valeur l'effet somptueux produit par le carrelage et le plafond.
Les piliers, également recouverts de teck, étaient sculptés sur toute leur surface d'un motif mauresque tarabiscoté et étaient surmontés d'un chapiteau lui aussi sculpté.
Au-dessus des portes, se trouvaient de petites coupoles dorées semi-circulaires, avec leur intérieur sculpté en bas-relief selon un motif géométrique.

Des sofas bas étaient placés autour des murs, avec des tables damasquinées intercalées, sur lesquelles on pouvait trouver du café, des cigarettes ou des livres.

Sur un côté de la salle, se trouvait une élégante fontaine d'eau potable en marbre, installée dans un encadrement carrelé.
Entre la porte d'entrée et la fontaine, était placée une "chaise à peser" que les passagers pouvaient utiliser afin de mesurer l'efficacité de leur "traitement". Cette chaise était probablement équipée d'un appareil indiquant le poids de la personne assise.

Une table de toilette en teck avec son miroir et tous ses accessoires, ainsi qu'un casier destiné à protéger les objets de valeur, étaient aussi à disposition, tandis que des fauteuils tendus d'étoffes marocaines étaient placés tout autour de la pièce.

 


Cette publicité remise aux passagers avec le savon de toilette
vante également les Bains Turcs (en bas, à gauche)

 

Le personnel

L'Établissement des Bains Turcs et Électriques était placé sous la responsabilité de plusieurs moniteurs(trices) expérimenté(e)s.
Cette équipe était composée de 5 membres d'équipage:

- Miss Annie Caton, 50 ans
- Mrs Maud Slocombe, 30 ans

Lors du naufrage, les 2 hôtesses furent rescapées à bord du canot de sauvetage N° 11.

- J. B. Crosbie, 42 ans
- Walter Ennis, 35 ans
- Leonard Taylor, 23 ans

Les 3 stewards périrent dans le naufrage.

 

Les horaires et le tarif

L'Établissement des Bains Turcs et Électriques était réservé aux passagers de 1ère Classe.

La tradition orientale et la bienséance voulant que hommes et femmes soient séparés dans de tels établissements, des horaires distincts leur étaient attribués et le personnel était du même sexe que ses clients. Ceci explique la présence soit d'hôtesses soit de stewards.

Les heures particulières réservées aux dames étaient de 10 h 00 à 13 h 00; celles réservées aux messieurs étant de 14 h 00 à 18 h 00.

Pour goûter aux bienfaits des Bains Turcs ou Électriques, chaque passager devait s'acquitter de la somme de 1 dollar ou 4 shillings.
Les tickets d'accès étaient disponibles au Bureau de Renseignements situé près de celui du Commissaire de Bord, sur le pont C.

 


Ticket d'accès aux Bains Turcs

 

Le fonctionnement

Au regard des techniques utilisées de nos jours, le fonctionnement des 2 salles de sudation constituant les Bains Électriques était particulièrement étonnant.

Au lieu de l'atmosphère de vapeur répandue dans la pièce et bien connue aujourd'hui, les salles de sudation des Bains Électriques faisait usage de la chaleur produite par l'énergie électrique, d'où l'appellation "Bains Turcs et Électriques" donnée à l'ensemble de l'installation, avec une température adaptée aux souhaits de chaque client.

Ce dernier était enfermé dans un caisson individuel constituant une étuve aux dimensions du corps humain, possédant un couvercle et dont l'intérieur était chauffé à l'électricité.
Certains diront que ce caisson avait tout l'air d'un cercueil; la seule différence notable était cependant que seule la tête du client se trouvait à l'extérieur.

Le client commençait par s'allonger sur une banquette de bois horizontale munie d'un appuie-tête incliné et revêtu d'un coussin. Un couvercle était articulé sur l'un des côtés de la banquette.
Un(e) employé(e) des Bains refermait ensuite le couvercle sur le corps du client, ne lui épargnant que la tête qui restait seule à l'extérieur.

 


L'un des bains électriques, ouvert
( posés au sol: 4 dispositifs de chauffage)

 

Des dispositifs de chauffage répartis autour du couvercle assuraient la production de chaleur, une fois branché sur le courant électrique. Un( steward ou une hôtesse pouvait ensuite ajuster le niveau de chaleur selon le désir du client.
Regardez la photographie d'un client "en souffrance" ...

 


L'un des bains électriques, en fonctionnement
(les dispositifs de chauffage sont branchés; remarquer le cordon électrique)

 

La période de "cuisson" commençait ainsi et se poursuivait jusqu'au moment où le passager déclarait avoir "assez transpiré".

Étonnant, n'est-ce-pas ?

Après cette séance, le passager pouvait passer un moment de repos dans les différentes salles dont la salle de massage, et en particulier dans la salle froide.
Afin de se rafraîchir, la piscine du navire était aussi à sa disposition.

 

La Piscine

De même que l'Établissement des Bains Turcs et Électriques proprement dit, une incontestable nouveauté installée à bord du Titanic était la Piscine d'Eau de Mer qui lui était associée, située en avant de l'Établissement.
Accessible aussi sur le pont F, son bassin descendait jusqu'au niveau du pont G.

Cette innovation fut des plus attrayantes et sa popularité avait été amplement démontrée par la White Star Line grâce à l'expérience d'un plongeoir à bord du S.S. Adriatic.

Comme les Bains Turcs auxquels elle était associée, la Piscine était réservée aux passagers de 1ère Classe.
Les tranches horaires réservées aux hommes et aux femmes étaient identiques à celles des Bains.

Les passagers sportifs pouvaient également s'y rendre directement, sans avoir à passer par les Bains Turcs.
Ils devaient alors présenter un ticket d'accès qu'ils pouvaient se procurer au Bureau de Renseignements situé sur le pont C, pour la somme de 25 cents ou 1 shilling.

Une exception était faite: l'accès était gratuit de 6 h 00 à 9 h 00 pour les passagers masculins de 1ère Classe, leur permettant ainsi d'effectuer une remise en forme matinale.

Ces horaires étaient cependant soumis aux conditions de mer: l'accès à la Piscine n'était possible que par mer calme, le bassin n'étant pas ou peu rempli par mer agitée, afin d'éviter les débordements et garantir la sécurité des baigneurs.

 


Étude extraite d'une plaquette publicitaire de la White Star Line

 

Conçue exactement comme une piscine à la mode se trouvant à terre, la Piscine du Titanic possédait de superbes dimensions ( 10 m x 4,30 m ) et une profondeur de 1,80 m, permettant l'utilisation d'un plongeoir.
Le bassin était recouvert de carreaux de céramique de coloris blanc brillant et était agrémenté d'une bordure carrelée bleue au décor marin.

 


Photographie de la piscine de l'Olympic
(remarquer la jauge de profondeur graduée en pieds: 6 pieds = 1,83 m)

 

L'eau de mer, chauffée à température "rafraîchissante", était constamment renouvelée à partir de la conduite d'évacuation du condenseur principal et, ainsi, la Piscine ne pouvait manquer de fournir une agréable distraction aux nombreux passagers qui appréciaient un plongeon matinal ou s'adonnaient au water-polo ou encore à d'autres sports aquatiques.

 

Un témoignage

Mrs Frederic Oakley SPEDDENLe 13 Avril 1912, Mrs Frederic Oakley Spedden, passagère rescapée de 1ère Classe, nota dans son journal personnel:
"Je suis allée aux Bains Turcs ce matin. C'était la première fois et j'espère que ce sera aussi la dernière, car jamais je n'ai autant détesté quoi que ce soit dans ma vie, encore que j'aie apprécié le bain final dans la piscine".
Cette appréciation personnelle, probablement fondée sur l'épreuve de sudation, ne reflète cependant pas l'opinion générale des passagers ...

 

 

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