Le Nomadic et le Traffic

 

Le Nomadic et le Traffic furent deux transbordeurs (ou tenders) spécialement construits par les Chantiers Harland & Wolff de Belfast pour le compte la White Star Line, afin d'assurer le transport des passagers, des bagages et du courrier, entre la Gare Maritime de Cherbourg et les paquebots géants de la compagnie mouillant dans la rade.

Leur histoire est intimement liée à celle du Titanic puisque, le 10 Avril 1912, ce sont eux qui acheminèrent 274 passagers jusqu'au Titanic qui faisait escale.
L'histoire du
Nomadic retient particulièrement l'attention car il est le dernier navire de la White Star Line encore à flot aujourd'hui.

 

Les Thèmes

La construction
Les caracréristiques
La mise en service
L'escale du Titanic à Cherbourg
Après le Titanic
La 1ère Guerre Mondiale
L'Entre-deux-guerres
La 2ème Guerre Mondiale
L'Après-guerre
Le 1er sauvetage du Nomadic
Le 2ème sauvetage du Nomadic
Le 3ème sauvetage du Nomadic
La restauration du Nomadic

 

Le Nomadic dans le port de Cherbourg

 

 

La construction

En 1904, le port de Cherbourg fut doté d'un premier appontement complété, en 1907, par des travaux d'agrandissement.
Ces travaux incitèrent la White Star Line à y organiser des escales pour ses grands paquebots à destination et revenant d'Amérique, afin d'augmenter sa clientèle de manière relativement importante. La compagnie créa ainsi une agence située 32 quai Alexandre III à Cherbourg, dont le responsable était Georges Lanièce.

Malgré cela, Cherbourg demeurait un port en eaux peu profondes et protégé par une longue digue. Les grands paquebots ne pouvaient y accoster et devaient donc jeter l'ancre dans la rade.
Des transbordeurs prenaient en charge les passagers pour les transférer de la Gare Maritime aux paquebots mouillant dans la rade.

C'est pourquoi, dès 1907, la White Star Line mit en service, dans le port de Cherbourg, un petit transbordeur baptisé Gallic, afin de conduire les passagers de la Gare Maritime à ses grands paquebots à l'ancre.

Le Gallic, avait été construit en 1894 par les Chantiers John Scott & Co. à Kinghorn, pour la compagnie de transports Birkenhead Corporation. A l'origine baptisé Birkenhead, il fut utilisé comme navette entre les villes de Birkenhead et Liverpool situées sur les rives opposées de la Mersey, jusqu'à son rachat par la White Star Line en 1907 qui le renomma Gallic.
Ce curieux tender à roues à aubes mesurait 45,72 m de long et jaugeait 461 tonneaux seulement. Il avait la particularité de ne posséder ni proue ni poupe distinctes et de pouvoir se déplacer dans les deux sens.

 


Le Gallic, dans le port de Cherbourg

 

C'est aussi en 1907 que la White Star Line lança le projet de construction d'une nouvelle classe de navires: les paquebots géants de classe Olympic dont la mise en chantier commença en 1909.

Le Gallic, qui effectuait depuis 1907 le transbordement des passagers de la White Star Line, allait donc devenir rapidement inadapté et la White Star Line décida de le retirer du service dès l'arrivée d'unités neuves.

En 1909, le trafic transatlantique augmentant, Cherbourg commença à édifier une Gare Maritime digne de ce nom. Les travaux durèrent jusqu'en 1912 et la Gare fut inaugurée le 3 Juillet de cette année-là.

 


Inauguration de la Gare Maritime de Cherbourg, le 3 Juillet 1912

 

Le 25 Juin 1910, Joseph Bruce Ismay, Directeur Général de la White Star Line, passa commande du Nomadic aux Chantiers Harland & Wolff de Belfast (constructeurs de l'Olympic, du Titanic puis du Britannic), puis le 19 Juillet, passa celle du Traffic.

Construits sous la responsabilité de Thomas Andrews, l'architecte naval de l'Olympic et du Titanic, le Nomadic et le Traffic portèrent les numéros de chantier respectifs 422 et 423.
On remarque le choix fort judicieux de leurs noms, eu égard à leurs missions futures.

Le 22 Décembre 1910, les quilles des deux transbordeurs furent posées cale N° 1 des Chantiers Harland & Wolff, à proximité des cales N° 2 de l'Olympic et N° 3 du Titanic, alors en construction.
La coque du
Nomadic fut mise à l'eau le 25 Avril 1911, suivie, deux jours plus tard, par celle du Traffic.
Le 16 Mai suivant, le
Nomadic effectua avec succès ses essais en mer, ce que fit aussi le Traffic deux jours plus tard.
Le 27 Mai 1911, les deux navires furent officiellement livrés à la White Star Line, juste à temps pour accompagner l'
Olympic pour ses essais en mer qui eurent lieu deux jours plus tard, les 29 et 30 Mai 1911.

Le 31 Mai 1911 fut un jour chargé en événements qui eurent lieu à Belfast:

 

Les caractéristiques

 

NOMADIC CARACTÉRISTIQUE TRAFFIC
71,17 m Longueur hors tout 56,69 m
11,28 m Largeur hors tout 10,67 m
2,60 m Tirant d'eau en charge 2,46 m
1260 tonneaux Jauge brute 640 tonneaux
800 tonneaux Jauge nette 323 tonneaux
10 nœuds Vitesse normale 9 nœuds
12 nœuds Vitesse maximum 12 nœuds
2 machines à vapeur à double
expansion développant 550 CV
Machines 1 machine à vapeur à double
expansion développant 350 CV
2 hélices tripales
de 1,93 m de diamètre chacune
Hélices 2 hélices tripales
de 1,67 m de diamètre chacune
1, couleur chamois
à manchette noire
Cheminées 1, couleur chamois
à manchette noire
Grand mât à l'avant
et mât de poupe
Mâts Grand mât à l'avant
et mât de poupe
1000 passagers
de 1
ère et 2ème Classes
Capacité 1000 passagers
de 3
ème Classe

 

Bien que semblables dans les grandes lignes, les deux navires étaient loin d'être jumeaux: de par ses dimensions et sa jauge, le Nomadic était de loin le plus imposant.

 

La mise en service

Les deux transbordeurs, bien que propriété britannique et arborant en haut de leur grand mât le pavillon rouge à étoile blanche de la White Star Line, furent placés sous la responsabilité d'équipages français.

L'équipage du Nomadic se composait alors de 7 Officiers de pont, dont le Capitaine Boitard, et de 7 hommes travaillant aux machines. L'équipage du Traffic, commandé par le Capitaine Gaillard, comprenait 6 Officiers de pont mais aussi 10 hommes affectés aux machines et au chargement des cales.

Confortablement aménagés et capables d'accueillir environ 1000 passagers chacun, le Nomadic était conçu pour le transbordement des passagers de 1ère et de 2ème Classes, tandis que le Traffic était prévu pour transborder ceux de 3ème Classe.

 


Le Nomadic, dans l'avant-port de Cherbourg

 


Le Traffic, dans l'avant-port de Cherbourg

 

Le Nomadic et le Traffic effectuèrent leur première sortie officielle le 14 Juin 1911 lorsque l'Olympic jeta l'ancre dans la rade de Cherbourg, le premier jour de son voyage inaugural.
Ce jour-là, bien que formalités de transfert du courrier et des passagers eurent été soigneusement étudiées avant la mise en service des deux transbordeurs, les choses ne se passèrent pas comme prévu. Joseph Bruce Ismay qui effectuait, comme il en avait coutume, le voyage inaugural du nouveau paquebot, fut irrité de ne pas voir le transfert se dérouler sans incident. Néanmoins, lorsque la procédure fut révisée avec soin, les choses s'améliorèrent grandement.

Après l'arrivée du Nomadic et du Traffic à Cherbourg, le Gallic revint à Liverpool où il fut, de temps à autre et jusqu'en 1912, utilisé comme transbordeur de bagages puis vendu pour la démolition et enfin démantelé en 1913 à Garston, près de Liverpool, sur la Mersey.

Le 13 Novembre 1911, le Nomadic connut sa première part de malchance: il éperonna le Philadelphia de l'American Line (précédemment Inman Line), mais sa proue légèrement abîmée fut réparée.

 

L'escale du Titanic à Cherbourg

Le Mercredi 10 Avril 1912, l'arrivée du Titanic à Cherbourg, première escale de son voyage inaugural, était prévue vers 16 h. Mais, dès 13 h, on annonça que le paquebot aurait environ 1 h de retard en raison de l'incident du New York à Southampton, où les deux navires faillirent entrer en collision.

Dans une salle annexe de la Gare Maritime, les 102 passagers de 3ème Classe, émigrants arrivés pour la plupart des Pays de l'Est et du Moyen-Orient et en attente d'embarquement sur le Titanic, se soumettaient aux différents contrôles des services américains de l'immigration.

A 15 h 30, les passagers de 1ère et 2ème Classes arrivèrent à Cherbourg par le train spécial transatlantique New York Express, parti le matin à 9 h 40 de la Gare Saint-Lazare à Paris.
Sur chaque voiture du train étaient apposées des plaques métalliques frappées au sigle de la White Star Line; des voitures Pullman étaient spécialement affectées aux passagers de 1
ère Classe.
Le train se gara le long de la Gare Maritime et les passagers s'engouffrèrent dans la grande salle d'attente de la Gare. Ils y apprirent le retard du
Titanic.

 


Arrivée d'un train transatlantique à Cherbourg

 

A 17 h 00, les 142 passagers de 1ère Classe et les 30 passagers de 2ème Classe furent invités à embarquer sur le Nomadic accosté au quai proche de la Gare Maritime. On pouvait voir parmi eux, John Jacob Astor et sa jeune épouse Madeleine, Margaret "Molly" Brown, Sir Cosmo Duff Gordon et son épouse Lucile, Benjamin Guggenheim, George Widener, Charlotte Cardeza ainsi que bien d'autres personnalités de l'époque.

Quelques minutes après 17 h 30, le Nomadic et le Traffic, arborant le grand pavois comme il était d'usage pour une croisière inaugurale, quittèrent le quai et sortirent de l'avant-port.
A 18 h, ils se trouvèrent dans la rade où ils attendirent l'arrivée du
Titanic.
Alors que le jour commençait à tomber, le Titanic apparut, fut rejoint par l'un des pilotes du port de Cherbourg (Louis Castel ou Adolphe Lesage) venu pour le guider, passa devant le Fort de l'Ouest, puis pénétra dans la rade.
A 18 h 30, le Titanic s'immobilisa dans la rade, donna un coup de sirène et jeta l'ancre, le flanc tribord face au rivage.

 


Le Titanic arrive à Cherbourg
en passant devant le Fort de l'Ouest

 

Le Traffic s'approcha aussitôt du flanc tribord du paquebot. Il accueillit les 24 passagers trans-Manche (15 en 1ère Classe et 9 en 2ème Classe) débarquant du Titanic, ainsi que 2 bicyclettes appartenant au Major G. T. Noël et son fils (passagers débarquant), huit caisses, une motocyclette en caisse au nom de M. G. West, un canari en cage destiné à un certain M. Meanwell qui avait payé 5 shillings pour son transport, et une autre moto sans caisse destinée à M. Rogers. Puis les 102 passagers de 3ème Classe montèrent à bord. En 45 minutes, malles, valises et 1385 sacs postaux furent chargés. Après un coup de sirène, le Traffic s'éloigna du Titanic.

Vers 19 h 15, une fois le Traffic éloigné, le Nomadic prit place à son tour le long du Titanic. Les 142 passagers de 1ère Classe empruntèrent une courte passerelle et embarquèrent, aidés par le personnel de la White Star Line.
Les 30 passagers de 2
ème Classe embarquèrent alors. Bagages et caisses de produits de luxe français furent ensuite chargés.

Lorsque le Nomadic accosta, Edith Russell, passagère de 1ère classe remarqua que "la passerelle du Titanic était maintenue de chaque côté par 10 hommes, car elle tremblait et se balançait". Dans son journal, elle nota également: "Par la suite, je me suis écartée et j'ai regardé une foule de cuisiniers, de boulangers et de stewards transportant d'énormes caisses en bois et j'ai demandé à un steward ce que c'était. Il m'a répondu qu'elles contenaient des conserves de légumes ainsi que des provisions de toutes sortes pour le voyage aller et retour. Cela a pris largement 2 heures". Le steward lui déclara aussi: "Nous avons plutôt du beau monde pour la traversée, mais ce n'est rien comparé à celui qui fera le retour et, à ce que j'ai compris, nous serons au complet".

 


Le Titanic, en rade de Cherbourg

 

A 20 h 00, alors que la nuit était tombée, le Nomadic fit entendre un coup de sirène puis partit rejoindre le Traffic alors arrivé au quai de l'Ancien Arsenal, aux abords de la Gare Maritime.
Le lendemain, ils embarqueront de nouveaux passagers sur l'
Adriatic, autre paquebot de la White Star Line.

A 20 h 10, après avoir fait retentir trois coups de sirène, le Titanic, brillant de tous ses feux, effectua un demi-tour et quitta la rade de Cherbourg. Une foule de spectateurs s'était rassemblée sur la Grande Jetée pour admirer sa magnifique silhouette et une harmonie joua "La Marseillaise". Un moment plus tard, il s'immobilisa pour débarquer le pilote puis reprit sa route à destination de Queenstown, en Irlande, sa seconde escale.

Le Titanic ne revint jamais à Cherbourg ...

 

Après le Titanic

Après la tragique et stupéfiante disparition du Titanic, les navires mirent en berne leurs drapeaux de Grande-Bretagne et de France.
Le 19 Avril 1912, moins d'une semaine après le drame, les deux transbordeurs accueillirent, d'une manière solennelle, l'
Olympic en provenance de New York. A son bord, les Officiers portaient une cravate noire en signe de deuil et une quête fut organisée au profit des rescapés du naufrage, rapportant 35000 F de l'époque.
Une somme rondelette fut aussi recueillie à bord du
Nomadic, parmi les passagers débarquant de l'Olympic.

Une grève de l'équipage à bord de l'Olympic, destinée protester contre les moyens de sauvetage insuffisants, paralysa quelque temps les transbordeurs, puis les traversées transatlantiques de la ligne Southampton - Cherbourg - New York reprirent rapidement.
L'
Olympic fut alors rejoint par le Teutonic, promis à la démolition et qui dut être réarmé, et son jumeau le Majestic, lors des escales de Cherbourg.
Le
Nomadic et le Traffic retrouvèrent ainsi une activité normale.

 


Le Nomadic (à gauche) et le Traffic
accostés le long de la Gare Maritime

 

La 1ère Guerre Mondiale

En Août 1914, l'éclatement du premier conflit mondial mit provisoirement fin au trafic transatlantique.
Le 25 Avril 1917, le
Nomadic et le Traffic furent alors réquisitionnés par la Marine Nationale Française et prirent la direction de Brest où ils participèrent au transbordement des troupes américaines qui débarquaient en France.

 


Le Nomadic (à gauche) et le Traffic
transbordant des troupes à Brest, le 10 Juin 1919

 

L'Entre-deux-guerres

En Octobre 1919, démobilisés après la fin des hostilités, le Nomadic et le Traffic regagnèrent Cherbourg, leur port d'attache, où ils reprirent leur service. Le Nomadic fut alors placé sous les ordres du Capitaine au long cours Jean Le Briand.

 


Le Nomadic partant à la rencontre de l'Olympic
en rade de Cherbourg, en 1921

 

Dans les années 1920, les traversées transatlantiques reprirent avec force et les transbordeurs virent passer nombre de célébrités.

 


L'acteur Douglas Fairbanks et sa fille
en compagnie du Capitaine Le Briand, en 1924

 

Après avoir assuré le rôle de navettes dans le port de Cherbourg, le Nomadic et le Traffic furent vendus en 1927 à la Société Cherbourgeoise de Transbordement et devinrent ainsi navires français.

Au cours de ces mêmes années, la malchance accabla les deux navires.
En 1928, le
Nomadic heurta l'Orinoco de la Hamburg Amerika Linie.
Le 5 Juin 1929, le
Traffic entra en collision avec le Homeric de la White Star Line, endommageant plusieurs plaques de coque à tribord. Lors d'une enquête ultérieure, on s'aperçut que le navire était, à l'évidence, difficile à manoeuvrer. Deux nouvelles hélices furent conçues et fondues chez Harland & Wolff, puis livrées et installées en Octobre 1919.
Cette amélioration de maniabilité n'empêcha pas, pour autant, une nouvelle collision qui eut lieu en Décembre 1929, avec le Minnewaska IV de l'Atlantic Transport Line.
Le 29 Novembre 1931, ce fut au tour du
Nomadic de heurter le Minnewaska IV, subissant de lourdes avaries.

En Septembre 1929, La White Star Line décida de ne plus utiliser le Traffic.

Le 30 Juillet 1933, le Président de la République Française Albert Lebrun inaugura la nouvelle Gare Maritime de Cherbourg, chef d'oeuvre de l'art déco, ainsi que le port aménagé en eaux profondes, permettant alors aux paquebots de venir à quai pour procéder à l'embarquement des passagers.
Les transbordeurs devinrent par conséquent quasiment inutiles et n'intervenaient qu'épisodiquement, en cas de difficultés des paquebots.

Fin 1933, le Nomadic et le Traffic sont mis en vente par la White Star Line.

En 1934, la White Star Line, mourante, fusionna avec la Cunard Line, sa rivale de toujours, pour former la Cunard White Star Line.

Cette même année, le Nomadic et le Traffic furent vendus à la Société Cherbourgeoise de Remorquage et de Sauvetage qui changea leurs noms et les repeignit à ses couleurs: la cheminée chamois à manchette noire devint noire à manchette rouge.
Le
Nomadic fut rebaptisé Ingénieur Minard (créateur du port en eaux profondes) et le Traffic rebaptisé Ingénieur Reibell (1795-1867, qui dirigea pendant 20 ans, au début du XIXème siècle, les travaux de la digue de Cherbourg).

 


L'Ingénieur Minard arborant le grand pavois
le jour de son passage sous pavillon français

 

La 2ème Guerre Mondiale

En Septembre 1939, juste après la déclaration de la 2ème Guerre Mondiale, seul l'Ingénieur Reibell (ex Traffic) fut à nouveau réquisitionnés par la Marine Nationale Française et transformé en mouilleur de mines sous le nom de X23. L'Ingénieur Minard (ex Nomadic) resta civil.

Les 18 et 19 Juin 1940, la ville de Cherbourg fut prise par les Allemands.
N'ayant pu quitter Cherbourg à temps avant l'occupation, l'équipage français de l'Ingénieur Reibell le saborda dans le port le 17 Juin 1940.
La Kriegsmarine le renfloua pour en faire un vaisseau armé chargé de surveiller les côtes. En Janvier 1941, comme il ne leur donnait pas satisfaction, les Allemands décidèrent de le démolir sur place.

Quant à l'Ingénieur Minard, il réussit à s'enfuir avant l'arrivée des Allemands et parvint à traverser la Manche sans encombre pour atteindre Portsmouth, où la Royal Navy en prit possession. Pendant toute la durée de la guerre, il fut affecté au transbordement des apprentis soldats entre Southampton et l'Ile de Wight.

 

L'Après-guerre

Le 8 Juillet 1945, ayant beaucoup souffert de la guerre, la Royal Navy se sépara de l'Ingénieur Minard qui revint à Cherbourg, en remorque.
Il fut remis en état et retrouva ses anciennes fonctions de transbordeur.
Cependant, grâce aux nouveaux aménagements du port, le rythme des navettes avait baissé: les paquebots pouvaient désormais venir à quai à Cherbourg et l'avion avait fini par supplanter les traversées maritimes transatlantiques.

Dans le début des années 1960, le déclin transatlantique devint irrémédiable.
Pourtant, en 1963, la Cunard, compagnie propriétaire, considéra que l'
Ingénieur Minard était "le navire le plus apte à rendre service aux Queens" (Queen Mary, Queen Elizabeth). C'est ainsi que l'on vit sur ses ponts les acteurs Elizabeth Taylor et Richard Burton, ainsi que le violoniste Yehudi Menuhin.

L'Ingénieur Minard effectua son dernier transbordement le 4 Novembre 1968 lors d'une escale du Queen Elizabeth de la Cunard Line.
En Avril 1969, il fut racheté par un transporteur fluvial et remorqué jusqu'au Havre puis au port de Conflans-S
te-Honorine. Encore en parfait état de marche, mais victime du pillage, son propriétaire le fit naviguer quelques années pour son plaisir avant de le laisser à l'abandon.
Ses canots de sauvetage furent confiés au musée Chantereyne de Cherbourg.

 

Le 1er sauvetage du Nomadic

Abandonné le long d'un quai du port de Conflans-Ste-Honorine, son grand mât et sa cheminée démontés, les intempéries et le pillage eurent vite fait de dégrader l'Ingénieur Minard.
Malgré son état délabré, un particulier le repéra en 1974 et eut pour lui un coup de cœur: il l'acheta en faisant le projet de le conduire à Paris pour le transformer en restaurant flottant.
C'est ainsi qu'il reprit son nom d'origine: le
Nomadic.

 


Le Nomadic, au pied de la Tour Eiffel, à Paris

 

Son transfert vers Paris lui valut malheureusement de subir d'importantes mutilations: sa machinerie fut démontée; il fut lesté de 800 tonnes d'eau pour abaisser sa ligne de flottaison, et son pont supérieur dut être rasé pour lui permettre de passer sous les ponts parisiens.
Amarré sur la rive droite de la Seine, au pied de la Tour Eiffel, on pouvait le voir entre la Passerelle Debilly et le Pont d'Iéna, au niveau du 26 Avenue de New York (voir
plan).
Il va sans dire que sa silhouette était bien loin de celle des années glorieuses mais, pourtant, les connaisseurs et les passionnés lui reconnaissaient encore l'architecture caractéristique des paquebots de la White Star Line.

 


Le Nomadic, en 2002, à Paris
(Survolez la photographie pour la comparer avec une photographie d'autrefois)

 

Malgré les amputations dont il fut l'objet, le Nomadic possède toujours nombre d'équipements et de décorations origine.
Parmi eux, on peut notamment remarquer: escaliers, portes en bois aux décorations de fer forgé, moulures murales, piliers, hublots, accessoires électriques. On y reconnaît les motifs ornant le
Titanic et l'Olympic.

 


Le Hall d'accueil et son mobilier d'origine

 


Hublots et panneaux muraux à moulures sur le pont inférieur

 


Bancs d'époque sur lesquels se sont assis les passagers du Titanic, le 10 Avril 1912

 

Le Nomadic transformé, qui eut nombre de locataires, fut inauguré à Paris le 25 Juin 1977 et aménagé en divers restaurants (le "Shogun", restaurant asiatique, puis "Le Colonial"), bureaux, centre de rencontres et de réceptions, salle de cinéma, lieu de défilés de mode.
En 1998, avec la sortie du film de James Cameron, le restaurant fut rebaptisé "
Le Transbordeur du Titanic", au grand étonnement des touristes et des parisiens.
Qui sait aujourd'hui encore, que le
Nomadic est l'un des derniers acteurs de l'odyssée du Titanic ?

 

Le 2ème sauvetage du Nomadic

En Mars 1999, en raison de sa non-conformité aux normes de sécurité en vigueur, le Nomadic fut fermé au public. Le navire manquant totalement d'entretien et risquant de se dégrader rapidement, une procédure de classement fut instruite par l'Association Française du Titanic auprès de la Sous-Direction des Monuments Historiques du Ministère de la Culture, dans le but d'assurer sa protection et sa conservation. Sans cette intervention, dès Octobre 2001, le Port Autonome de la Ville de Paris aurait demandé le démantèlement du Nomadic.

En Avril 2003, le Nomadic fut placé sous le régime l'instance de classement parmi les Monuments Historiques, pour une période d'un an devant être mise à profit pour l'expertiser et rechercher un accord entre son propriétaire, le Ministère de la Culture et un acheteur éventuel.

Le 17 Septembre 2002, et pendant 3 semaines, des travaux de découpage de la partie supérieure non d'origine du Nomadic ainsi que le démontage des cuisines de l'ancien restaurant furent entrepris, dans la perspective de son transport pour expertise.

 


Le Nomadic, superstructure démontée

 

Le 1er Avril 2003, après que son gouvernail ait été bloqué et qu'il ait été équipé d'une charnière reliée au pousseur Richelieu de la Compagnie des Sablières de la Seine (remorqueur chargé du transport), le Nomadic quitta les quais de la Seine pour être conduit jusqu'au port du Havre, quai du Brésil, où il arriva le 4 Avril.
C'est là que, pendant un séjour en cale sèche, les Monuments Historiques devaient procéder à son expertise afin de déterminer son état exact, en particulier celui de sa coque.

 


Le Nomadic, sur la Seine, poussé de Paris au Havre

 

Après sa mise en instance de classement, la Direction du Patrimoine fit procéder au démontage, au grattage de coque, à l'expertise et au gardiennage du Nomadic dans le port du Havre.
L'expertise montra que la coque était en bon état, contredisant l'hypothèse selon laquelle les outrages du temps et du manque d'entretien l'avaient considérablement dégradée. Une preuve supplémentaire de la qualité du travail réalisé par les Chantiers Harland & Wolff, plus de 90 ans auparavant.

Le classement définitif du Nomadic à l'inventaire des Monuments Historiques fut soumis à sa vente.
Plusieurs projets de réhabilitation du Nomadic en musée flottant à Cherbourg ou à Belfast, ou en navire de mini croisières, virent le jour. Toutes les offres furent cependant écartées par son propriétaire qui en refusa également le classement. Déplacé au quai de Seine, dans le port du Havre, le Nomadic fut saisi à la demande du Port Autonome de Paris, principal créancier. Le navire fut alors proposé à la vente aux enchères par le Tribunal de Grande Instance de Paris, mais deux adjudications successives furent annulées à la demande de son propriétaire (20 Septembre et 22 Novembre 2004).

La restauration du Nomadic étant un projet très ambitieux et extrêmement onéreux (achat du navire, restauration à l'identique, remise en forme des superstructures qui ont disparu et remise en état de son environnement immédiat), plusieurs institutions publiques françaises durent renoncer malgré tout l'intérêt historique présenté par le dernier survivant de la White Star Line.

Après le décès du propriétaire, une première vente aux enchères eut lieu le 10 Novembre 2005, au Tribunal de Grande Instance de Paris, mais aucun acquéreur ne se manifesta. Finalement la vente se déroula le 26 Janvier 2006 et il n'y eut qu'un seul candidat: le Département pour le Développement Social du Gouvernement d'Irlande du Nord qui acquit le Nomadic pour la somme de 250.001 euros.

 

Le 3ème sauvetage du Nomadic

Le 12 Juillet 2006, vers 7 h 00, après avoir été chargé sur la barge immergeable AMT Mariner de la compagnie britannique Anchor Marine Transportation Ltd. et maintenu par des jambes de force soudées, le Nomadic quitta le port du Havre, pavillon de la White Star Line à la poupe, et salué par deux remorqueurs Abeille du Havre. Tirés par le remorqueur Tore de la compagnie Augustea (compagnie mère d'AMT), la barge et son précieux chargement traversèrent la Manche, le Canal St. Georges et la Mer d'Irlande pour arriver dans le port de Belfast, Irlande du Nord, le 15 Juillet 2006, vers midi.
Le Nomadic se trouve désormais à quai dans le port de Belfast, où il a été restauré, non loin des chantiers navals Harland & Wolff où il a été construit et lancé, 95 ans avant son retour. Il a été rejoint par le seul survivant de ses deux canots de sauvetage, appartenant précédemment au Musée Chantereyne de Cherbourg.

 


Le Nomadic, sur la barge AMT Mariner, quitte le port du Havre pour celui de Belfast

 


Le dernier canot du Nomadic

 

 

La restauration du Nomadic

A Belfast, le site des chantiers navals Harland & Wolff, où furent construits le Nomadic et le Titanic, qui était fermé depuis quelques années, fut l’objet d’un vaste plan de réhabilitation. En 2012, cent ans après la disparition du Titanic, un vaste parc touristique dédié aux transatlantiques y fut inauguré.
C'est là que le Nomadic, dernier représentant de l’époque où les Chantiers Harland & Wolff lançaient des dizaines de navires, est devenu l’une des attractions du "Titanic Quarter", vaste complexe dédié au Titanic.
La restauration du Nomadic a nécessité 7 ans de travaux et coûté de 8 millions d'euros. Depuis Juin 2013, le Nomadic se visite au Dock Hamilton, à proximité du "Musée Titanic".

 


Le Nomadic, au Dock Hamilton de Belfast (à l'arrière-plan: le Musée Titanic)

 

Chronologie

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